Le 21 mai 1871 débutait la Semaine sanglante

Retour de l’ordre bourgeois dans le sang, la Semaine sanglante reste l’un des évènements les plus sombres du mouvement révolutionnaire français. Pas moins de 30.000 communard.es seront tué.es dans les combats et 46.835 seront fait prisonnier.es. En une semaine Adolphe Thiers et ces sabre-peuple décapitent Paris la Rouge. Mais si la Commune tombe, sa mémoire perdure.(1)

Article de Maxime Vuillaume : La Semaine sanglante, Le Père-Lachaise et le Mur, paru dans Le Floréal du 29 mai 1920:

Aux obsèques de Fränkel, élu de la Commune par le 13e, en même temps que Léo Melliet, Duval et Chardon. Nous sommes là un groupe d’amis, Avrial, membre de la Commune du 11e. Francis Privé, de la Corderie et du Comité des vingt arrondissements. André Alavoine qui fut administrateur de l’Imprimerie nationale. Je possède, dans la collection de mes documents, le manuscrit original de l’affiche, datée du 28 février 1871, demandant à la Garde nationale, au nom du Comité central récemment formé, « d’éviter (lors de l’entrée des Prussiens) toute agression qui serait le renversement immédiat de la République ». Le manuscrit signé des membres du Comité, est tout entier de la main d’Alavoine. Il est tel qu’il a été envoyé à l’imprimerie Morris, avec le bon à tirer et les cachets de la Fédération.
On cause sous la pluie fine d’une rafale de mars. 

— Temps de chien ! dit Privé. Ne dirait-on pas que nous sommes au jour de l’entrée des Versaillais dans le Père-Lachaise… ? Il pleuvait aussi, ce jour-là… Tu t’en souviens, Alavoine… 
— Oui… j’étais aux pièces. Nous gravissons la rude montée, tout en évoquant les vieux souvenirs. 
— C’est le mardi — dit Alavoine — que les canons du Père-Lachaise ont commencé de tirer… Une dizaine de pièces de 7 avaient été installées là-haut, non loin de l’énorme pyramide de pierre blanche dont nous allons voir tout à l’heure, au-dessus des arbres, la cime dorée… Le monument de Félix de Beaujour… Nous tirions à toute volée sur les quartiers envahis par les Versaillais… La nuit venue, le spectacle était terrifiant… Paris brûlait… La Cour des Comptes, les Tuileries, la Préfecture de Police, l’Hôtel de Ville… Une traînée de flammes… Le ciel tout embrasé… Le vendredi, la pluie commença de tomber… Alors ce fut lugubre. La ville entière était comme recouverte d’un énorme manteau de poix, d’où s’échappaient des flammes… Montmartre nous bombardait. autour de nous, les tombes volaient en éclats, fracassées… Les munitions manquaient. C’est cette pénurie d’obus qui nous força de cesser le tir, le samedi, un peu avant midi. Les Versaillais devaient envahir bientôt le cimetière, par la brèche de la rue des Rondeaux… 
— Près du Mur… 
— Oui. Tout près. A cette même place, dans la nuit du mercredi au jeudi, on vint mettre en terre les fusillés de la Roquette. Darboy, Deguerry, Bonjean, les autres. Nous étions arrivés à l’avenue transversale. Sans nous être consultés, d’instinct, nous tournons à gauche. Une centaine de pas, et nous voici à la pyramide. Nous descendons l’avenue Casimir-Delavigne… Un large terre-plein… 
— C’est là, dit Alavoine. Là, pendant trois jours j’ai tiré comme un enragé… Une vingtaine d’artilleurs. Presque tous, le samedi matin, blessés… Ils tiraient, tiraient sans relâche… Nous avions ouvert les portes des caveaux. L’énorme salle circulaire de la pyramide servait d’arsenal… Nous avions aussi des munitions dans le caveau de Morny, que vous voyez là, sur le côté… Si le bruit de la canonnade l’a réveillé, celui-là, qu’a-t-il dû penser ? …

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